C'est la rentrée ! LundiCarotte souhaite un très bon mois de septembre à ses lecteurs de France comme de Navarre ; on est ravi de vous retrouver. À partir d’aujourd’hui, nous reprenons notre rythme habituel, soit un article par semaine ! En plus de ça, on a de la nouveauté dans les cartons : préparez-vous à des surprises pour les semaines à venir. En attendant, on s’attaque au sujet du jour : le livre.

A l'assaut du livre

Le 3 septembre 2018
C'est la rentrée ! LundiCarotte souhaite un très bon mois de septembre à ses lecteurs de France comme de Navarre ; on est ravi de vous retrouver. À partir d’aujourd’hui, nous reprenons notre rythme habituel, soit un article par semaine !
En plus de ça, on a de la nouveauté dans les cartons : préparez-vous à des surprises pour les semaines à venir. En attendant, on s’attaque au sujet du jour : le livre.
Vignette de l'article A l'assaut du livre
Il y a plus de 3 000 ans, les premiers supports pour lire étaient des tablettes de pierre ou d'argile. Autant vous dire que la diffusion des LundiCarotte aurait été autrement plus complexe.
L'évolution de cette technologie est passée par plusieurs étapes : papyrus, puis parchemins en peau d'animaux qui, cependant, posaient un problème d'utilisation : à moins de tout dérouler, on ne pouvait accéder qu'à une partie du texte à la fois. Le problème fut résolu au deuxième siècle av. JC avec l'invention du codex, l'ancêtre du livre : on a pu alors accéder à plusieurs endroits du texte en même temps.
Jusqu'au Moyen Âge, la diffusion du savoir reste très lente : pour faire plusieurs exemplaires d'un livre, il n'y a pas d'autre solution que de le recopier à la main. En 1452 cependant, les choses s'accélèrent, lorsque Gutenberg se met à imprimer des bibles avec sa toute nouvelle presse à imprimer.
De nos jours, le livre est plus accessible que jamais : il se commande sur Internet en un clic, il s'écoute en livre audio… et depuis 2007, date de sortie de la première liseuse Kindle, il se télécharge en un rien de temps. Tout ceci aurait de quoi dérouter bon nombre d'agriculteurs sumériens
Cette semaine, LundiCarotte s'intéresse en particulier aux livres papier et à leur équivalent numérique : les liseuses.
Sur les internets, le débat fait rage. On trouve des fervents défenseurs dans un camp comme dans l'autre. Avant de nous pencher sur l'aspect environnemental, voyons d'abord les usages que l'on fait de ces deux objets.

Des usages assez différents

Premier gros avantage de la liseuse : son côté immédiat. À peine a-t-on envie de lire le dernier tome de Vernon Subutex que l’on peut l'obtenir d'un claquement de doigts - ou un peu plus, selon la qualité de votre connexion Wifi.
On peut également souligner son confort d'utilisation : les liseuses pèsent moins lourd qu'un gros roman et leur usage ne fatigue pas les yeux, contrairement aux tablettes électroniques et autres écrans d'ordinateurs. L'intérêt d'une liseuse, c'est aussi d'avoir toute sa bibliothèque sous le bras : on peut stocker jusqu'à 2 000 ouvrages dans un Kindle dernière génération et gagner ainsi une place importante dans son salon. Enfin, une fois la liseuse achetée (qui vaut une centaine d'euros), les livres électroniques que l'on y télécharge sont très souvent moins chers que leur équivalent papier.
Cependant, acheter des livres numériques présente aussi un défaut : il est autrement plus compliqué de les prêter ou de les échanger. Les livres papier traditionnels permettent aussi d'accéder très rapidement à différents repères dans un texte. Ils ont également une durée de vie très longue, comme en témoignent les bibliothèques de nos grands-parents. Enfin, les livres sont des objets à forte valeur sentimentale : l'odeur d'un livre neuf, le contact physique du papier… sont irremplaçables pour bon nombre de lecteurs.
Tout ceci en amène certains à utiliser à la fois liseuse et livre papier, de manière complémentaire. Il reste tout de même une question d'importance : lequel de ces deux objets est le plus vert ?

ACV, et non pas AVC

Pour répondre à des questions complexes telles que celle-ci, on utilise le principe de l'analyse du cycle de vie (ACV). Le principe est simple : déterminer les besoins en énergie et en matériaux d'un objet depuis sa phase de fabrication, en passant par son utilisation, jusqu'à son recyclage en fin de vie.
L’élaboration d'un livre papier et celle d'une liseuse sont très différentes. Pour le premier, il s'agit avant tout de bien gérer les ressources forestières. L'industrie papetière a fortement réduit son impact ces dernières années, notamment par l'utilisation croissante de papier recyclé dans les livres : cette matière première peut se recycler jusqu'à cinq fois. Pour un récit détaillé de l'industrie du livre papier, n'hésitez pas à vous reporter à l'étude sur la question du BASIC (Bureau d'analyse sociétale pour une information citoyenne).
Pour ce qui est des liseuses, l'étape la plus impactante reste l'extraction des métaux nécessaires aux composants électroniques. Cela constitue un obstacle de taille pour rendre les liseuses plus durables, d'autant plus qu'un nombre important de mines de coltan, qui entre dans la composition de ces objets, sont illégales et localisées dans des zones de conflit, notamment en République démocratique du Congo. Ensuite, au cours de son utilisation, une liseuse requiert un peu d'énergie, mais beaucoup moins qu'une tablette numérique ou qu'un ordinateur : en un chargement, les modèles actuels ont plusieurs semaines d'autonomie.

Venons-en aux chiffres

Comparons donc ce que donnent les chiffres : d'un point de vue émissions de gaz à effet de serre, une étude récente chiffre la production d'une liseuse à 2 690 kg de CO2 (pdf).
D'un autre côté, et selon les estimations les plus hautes, un livre papier générerait 21 kg de CO2 sur la totalité de sa durée de vie.
On voit donc qu'une liseuse génère beaucoup plus de CO2 au cours de sa production, mais qu’à l'usage, elle n'est presque pas polluante : elle nécessiterait même moins d'énergie qu'une lampe de chevet pour fonctionner. Tandis qu’à chaque achat de livre papier, une certaine quantité de gaz à effet de serre est rejetée. On peut donc voir que si l'on utilise suffisamment sa liseuse, à long terme, cela peut être plus propre que d'acheter des livres papier. D’un point de vue écologique, ce que l’on appelle le seuil de basculement a été mesuré précisément : il serait aussi polluant d'acheter une liseuse que d'acheter 128 livres.
À raison de 20 livres par an, ce qui correspond à la moyenne des lecteurs de notre pays, acheter une liseuse aurait donc le même impact que 6,5 années de lecture de livres papier. C'était le CalculCarotte de la semaine !
À noter que pour les gros lecteurs lisant plus de 50 livres par an, une liseuse serait moins coûteuse en CO2 que l'équivalent de deux ou trois ans de lecture papier. À supposer que l'on conserve sa liseuse plus longtemps que cela, ce que l'on nomme le "bilan carbone" justifierait son achat.
« Pour les gros lecteurs, une liseuse serait moins coûteuse en CO2 que l'équivalent de deux ou trois ans de lecture de livres papier »

Bois versus métal

Cependant, l'émission de gaz à effet de serre n'est pas le seul critère à prendre en compte pour tendre vers une société plus durable ! Qu'en est-il de la consommation des ressources ? Le livre est constitué de papier, donc d'arbres qu'il a fallu abattre (à moins d'utiliser du papier recyclé). La filière pâte à papier a grandement diminué son impact ces dernières années, notamment grâce au recyclage, tandis que les métaux des liseuses ne sont que rarement recyclés.
Une étude de 2008 compare l'impact sur l'environnement entre une liseuse et 50 livres papier : pour ce qui touche à la santé des océans, de la couche d'ozone et des réserves d'eau potable, le livre papier est moins impactant que la liseuse électronique.
Reste que les industries évoluent et que la recherche continue pour rendre les liseuses, comme les livres, moins énergivores à produire et moins gourmands en ressources. On pourrait imaginer qu'avec des filières de recyclage efficaces, les liseuses deviennent assez compétitives par rapport aux livres papier. En attendant, à ce jour, et à moins d'être un très gros lecteur, le livre papier a un impact plus réduit sur l'environnement qu'une liseuse.

Réduire à la source

Tout ceci concerne l'achat d'une liseuse neuve ou de livres neufs en magasin, mais ce n'est qu'une manière d'acheter parmi d'autres.
Nous avons été surpris d'apprendre qu'acheter un livre en passant par Internet, en bout de course, génère deux fois moins de pollution (pdf). Il est plus avantageux pour les grands revendeurs de jeter leurs livres invendus pour les remplacer par les dernières sorties : on parle de pilonnage des livres. Pour éviter cela, on peut faire ses emplettes sur Internet ou demander à son libraire s'il pratique le pilonnage.
Enfin, on peut également se passer d'acheter neuf. D'une part, de nombreuses liseuses sont à vendre sur Leboncoin et certaines bibliothèques en prêtent même gratuitement. D’autre part, les livres papier d'occasion peuvent coûter moins cher que les livres numériques.
« Acheter d'occasion, c'est répondre à son niveau à la question de la raréfaction des ressources »

Les AstucesCarotte pour lire sereinement

pour un long article entrant davantage dans le détail du concept d’analyse de cycle de vie : mondedulivre.org
pour éviter la destruction des livres invendus (pilonnage), passer par Internet.
pour les petits et moyens lecteurs, le livre papier reste plus écologique.
le top du top : acheter d'occasion. On vous conseille fortement l’entreprise RecycLivre, ou bien le site internet UsedBookSearch.
Que vous nous ayez lu sur liseuse, tablette, ou ordinateur, on vous souhaite une bonne semaine de rentrée. À lundi prochain !
Paul Louyot
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