Chers lecteurs et lectrices, nous abordons aujourd’hui, avec le ton léger que vous nous connaissez, un sujet qui pourrait vous rendre le cœur lourd. Nous profitons de l’occasion de ces jours de célébration des morts (Halloween hier, la Toussaint aujourd’hui, le Dia de los Muertos demain…) pour faire une balade au cimetière et parler d’un sujet dont on parle peu : les enjeux environnementaux et sociaux des funérailles. Alors si c’est un sujet difficile pour vous, n’hésitez pas à passer votre tour et à revenir la semaine prochaine, sinon, on vous encourage à découvrir cet opus pas banal dans lequel on suppose que vous apprendrez plein de choses. Dans cet article, nous nous concentrerons sur les rites funéraires les plus communs en France, à savoir l’inhumation (la mise en terre) et la crémation (l’incinération). Si vous avez des connaissances sur d’autres méthodes ou des questionnements, n’hésitez pas à nous les communiquer.

On casse notre pipe

Le 1 novembre 2021
Chers lecteurs et lectrices, nous abordons aujourd’hui, avec le ton léger que vous nous connaissez, un sujet qui pourrait vous rendre le cœur lourd. Nous profitons de l’occasion de ces jours de célébration des morts (Halloween hier, la Toussaint aujourd’hui, le Dia de los Muertos demain…) pour faire une balade au cimetière et parler d’un sujet dont on parle peu : les enjeux environnementaux et sociaux des funérailles. Alors si c’est un sujet difficile pour vous, n’hésitez pas à passer votre tour et à revenir la semaine prochaine, sinon, on vous encourage à découvrir cet opus pas banal dans lequel on suppose que vous apprendrez plein de choses.
Dans cet article, nous nous concentrerons sur les rites funéraires les plus communs en France, à savoir l’inhumation (la mise en terre) et la crémation (l’incinération). Si vous avez des connaissances sur d’autres méthodes ou des questionnements, n’hésitez pas à nous les communiquer.
Vignette de l'article On casse notre pipe

Entre quatre planches

En France, l’écrasante majorité des cercueils est constituée de bois, qu’ils soient rectangulaires, trapézoïdaux, à six côtés (pour 90 % d’entre eux) ou encore “coffres”. Cocorico ! La plus grande usine de production de cercueils en Europe se situe en France et fabrique ses produits à partir de pins ou de chênes français : la société OGF affirme sur son site que tout le bois qu’elle utilise provient de forêts éco-gérées, notamment avec une labellisation PEFC. Nous n’avons pas trouvé de telles garanties sur les sites des autres fournisseurs.
C’est un bon point, car aujourd’hui, la réglementation n’impose pas de prérequis pour la gestion des forêts d’origine des cercueils. La loi fixe uniquement les dimensions de ce dernier (principalement son épaisseur minimale), l’étanchéité ou encore la nécessité d’une plaque d'identification sur le dessus. En revanche, les textes sont clairs et précisent qu’une personne ne peut être inhumée sans cercueil. Côté porte-monnaie, il faudra débourser entre 700 et 3 000 euros pour un cercueil en bois classique.
« Côté porte-monnaie, il faudra débourser entre 700 et 3 000 euros pour un cercueil en bois classique. »
Il existe des alternatives au bois et beaucoup surfent sur la vague de matériaux plus “naturels” ou “écologiques”, mais également plus abordables. Le principal challenger au cercueil en bois est celui en carton, ou plutôt en cellulose. Il est plus léger (10 kg seulement), il peut supporter 200 kg et se dégrade plus rapidement. En outre, il ne coûte que quelques centaines d’euros au maximum.
Alors que la France reste assez traditionnelle dans les matériaux autorisés (bois et cellulose), des cercueils innovants émergent dans d’autres pays, comme le cercueil en mycélium aux Pays-Bas, celui en jonc de mer au Royaume-Uni ou encore celui en bambou au Canada. Enfin, le concept d’un cercueil biodégradable se transformant en compost fertile pour les végétaux semble rencontrer de plus en plus de succès, à l’image de la Capsula Mundi italienne.
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Les différents cercueils, classiques et alternatifs - Image réalisée par l’équipe LundiCarotte

Et in pulverem reverteris*

*“Et poussière tu redeviendras…”
Le saviez-vous ? Les cercueils sont également utilisés pour la crémation, une méthode qui a explosé ces dernières années. En France, on est passé de 1 % de crémations en 1980 à presque 30 % en 2019. Les sondages effectués actuellement semblent même indiquer qu’en 2030, le nombre d’incinérations dépassera celui des inhumations. Plusieurs raisons peuvent expliquer cette évolution :
  • Un prix attirant : en moyenne, 470 euros, contre 2 500 euros pour une inhumation (sans compter le coût des concessions, monuments funéraires…).
  • Le changement de regard de l’Église catholique sur ce sujet, qui a cessé d’interdire cette pratique dans les années 1960.
  • Une forte pression immobilière qui rend très chers à la fois les terrains pour aménager de nouveaux cimetières, mais également les emplacements à l’intérieur des cimetières existants.
  • Un nouveau rapport au corps, comme évoqué dans Slate.
Peut-être vous êtes-vous déjà fait la réflexion : “Ah, j’aimerais que mes cendres soient dispersées dans un champ de carottes !” ? Halte là, la dispersion des cendres funéraires est extrêmement réglementée. En ville, elle se fera uniquement dans les jardins du souvenir ou les puits de dispersion (emplacements réservés à cet usage dans les cimetières). En milieu rural, la dispersion ne peut se faire sur une parcelle qu’avec l’accord de son propriétaire et loin des cours d’eau, pour éviter toute contamination. Là où il est le plus facile (et le plus prisé) de disperser les cendres, c’est en mer : la législation requiert uniquement une distance de 300 m des côtes et l’accord de la mairie de la ville d’où partira le bateau qui vous emmènera pour un dernier voyage… Cette subtilité explique également que les taux de crémation sont bien plus élevés dans les villes côtières.
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Si les cendres ne sont pas dispersées, l'urne peut-être entreposée dans un columbarium (P.-S. : petit clin d’œil aux fans de cyclisme) - Wikipédia
La crémation est-elle plus écologique que l’inhumation ? D’après Le Monde, citant une étude commandée par la Ville de Paris, une inhumation serait équivalente à plus de trois crémations. Notons tout de même que les impacts sont différents. D’un côté, on vient déranger un écosystème vivant pour mettre en terre un corps… mort et en y ajoutant des matériaux comme le marbre ou le béton. De l’autre, on utilise de l’énergie pour produire la combustion et on rejette dans l’atmosphère une potentielle quantité de particules fines.
« Une inhumation serait équivalente à 3,6 crémations en termes de CO2 »
Soulignons que deux autres méthodes qui se veulent vertueuses pour l’environnement jouent des coudes pour être autorisées en France :
  • La promession : il s’agit de cryogéniser un corps dans l’azote liquide, puis de le faire vibrer jusqu’à ce qu’il se transforme en poussière, que l’on peut ensuite entreposer ou disperser.
  • L’humusation (ou compostage humain), qui consiste en une inhumation sans cercueil, sur une butte de terre : une méthode de dégradation par les micro-organismes. Enfin ! on ne va pas vous apprendre à faire du compost, quand même !  

Gravé dans le marbre

Il n’est pas rare de croiser dans les cimetières des monuments funéraires en granit. Sans surprise, la Chine et l’Inde en sont les plus grands producteurs mondiaux. En France, c’est principalement en Bretagne et dans le Tarn que l’on retrouve la majorité du granit. D’après le site MeilleursMarbriers, la couleur du granit est un bon indicateur de sa provenance : “le bleu pour la Scandinavie, le rose pour la Chine, l’Inde, l’Espagne, le Brésil ; le noir pour la Chine, l’Inde, l’Afrique ; enfin le gris pour le Tarn ou la Bretagne”. Sur ce catalogue France Tombale, on retrouve ainsi les différents coloris ainsi que leurs origines.
« La couleur du granit indique très souvent sa provenance. »
On compte également des monuments en pierre, plus calcaires, plus onéreux et plus difficiles d’entretien. De nombreuses carrières existent en France et permettent l’approvisionnement de ce matériau. Certains cimetières exigent l’emploi de pierre pour maintenir une cohérence esthétique d’ensemble.
Enfin le marbre représente la solution la plus prestigieuse, mais également la plus chère (entre 2 000 et 15 000 euros contre entre 900 et 5 000 pour le granit). Quel que soit votre choix, nous vous conseillons de vous orienter, si vos moyens vous le permettent, vers un matériau français qui aura parcouru moins de distance avant son dernier repos.
Pour fleurir les tombes, on peut choisir des fleurs labellisées Fleurs de France et se renseigner sur les cultures locales existantes (de nombreux projets d’agriculture urbaine se lancent sur le marché des fleurs coupées). Attention aux fleurs exotiques, comme les roses, qui nécessitent beaucoup de transport et dont la culture requiert énormément de pesticides.

Balade au cimetière

Les cimetières urbains subissent donc actuellement une envolée de la demande (liée à l’évolution démographique) tandis que l’offre se raréfie.
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Le cimetière de La Madeleine - Baromètre Plante et Cité
Les cimetières sont gérés par les communes et peuvent être aménagés de diverses manières. Les plus classiques sont très minéraux, leurs sols sont recouverts de graviers ou de pavés, et les mauvaises herbes y sont parfois détruites avec vigueur. Ils représentent actuellement 60 % des cimetières français.
La loi Labbé, passée en 2017, met (et c’est tant mieux) des bâtons dans les roues des collectivités qui ne peuvent plus utiliser de produits phytosanitaires sur leurs lieux de vie. Seront concernés à partir de 2022 notamment les cimetières et les terrains de sport, des environnements à hautes contraintes. Les cimetières minéraux posent également le problème de l’artificialisation des sols avec des tombes, des caveaux, des allées et autres cheminements qui prennent énormément de place.
Il existe aussi des cimetières dits “cimetières-parcs” ou cimetières paysagers, véritables oasis de verdure dans lesquelles on tend à une gestion plus écologique de l’environnement. Ils représentent un quart des cimetières en France. Parmi les bonnes pratiques (valorisées par exemple par le label Eco-Jardin, décerné par les agences régionales de la biodiversité), on trouve :
  • Les haies plurispécifiques
  • La tonte maîtrisée, voire délaissée, au profit de fauches
  • Les prairies spontanées
  • Le compostage des déchets verts
  • La récupération des eaux de pluie
  • Ou encore l’installation de nichoirs…
Le public a parfois du mal à accepter ces cimetières d’un nouveau genre, car la gestion des espaces donne parfois l’impression d’un “abandon”, là où il s’agit d’un choix délibéré d’intervenir le moins possible.
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Enfin, entre les deux, des cimetières dits “mixtes” se mettent au vert ; les simples assauts du temps permettent à la nature d’y reprendre ses droits, comme au cimetière du Père Lachaise, à Paris. On a hâte de recevoir vos photos souvenirs des plus beaux cimetières que vous avez pu visiter !

Monsieur Marcel est fossoyeur

Pour terminer notre tour d’horizon des obsèques en France, prenons un peu le temps de nous intéresser aux enjeux sociaux qui entourent les rites funéraires, notamment l’accès aux concessions, le métier de fossoyeur et les sociétés de pompes funèbres.
Aujourd’hui, pour un enterrement dans un cimetière, il faut acquérir une concession funéraire, c'est-à-dire un emplacement dont on achète l’usage, mais pas le terrain. Cette concession peut être temporaire ou perpétuelle, cela dépend des mairies (et de la demande). Les mairies se réservent également le droit de retirer la concession si elle n’est plus entretenue. Il est également possible d’être enterré dans une propriété privée, avec l’autorisation du préfet et selon la topographie des lieux (pour éviter les contaminations).
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On utilise parfois ces curieuses pelleteuses ressemblant à des araignées pour creuser les tombes - BOKI spécialiste du matériel funéraire
De nos jours, dans les cimetières, on n’entend plus trop les coups de pelles maniées grâce à l’huile de coude, mais plutôt celui des moteurs des mini-pelleteuses. Le métier, qui s’est beaucoup mécanisé, recouvre non seulement la mise en tombe, mais également l’exhumation dans certains cas (retrait de concession ou déménagement demandé par la famille). Il revêt néanmoins aussi des aspects interpersonnels avec l’accompagnement moral des proches durant les cérémonies et les visites aux défunts.
« Les personnes employées dans les cimetières ont également pour mission d’accompagner moralement les familles et les proches des défunts. »
Les fossoyeurs sont généralement des agents de la fonction communale. Certains, comme à Rennes, se battent contre la privatisation de leur métier, en arguant qu’elle se traduirait par une hausse des tarifs pour les familles.
Un peu d’espoir dans ce monde de brutes ! Inspirées des modèles québécois, des coopératives funéraires se montent un peu partout en France, notamment à Rennes (décidément !). Leur objectif : permettre aux citoyens de se réapproprier la gestion des obsèques à un prix juste, dans une démarche humaine et écologique, sans passer par des entreprises à but lucratif. On en trouvera également à Nantes ou à Bordeaux. Peut-être chez vous ?

Les astuces carotte pour voir la lumière au bout du tunnel

  • Décomplexer le sujet, en participant par exemple aux “Cafés mortels”
  • Ne pas hésiter à visiter et faire vivre les cimetières, discuter avec les employés qui les gèrent, même en dehors des périodes consacrées
  • Encourager sa ville à entreprendre une démarche de gestion écologique des cimetières.
Comme vous avez pu le constater, le monde des obsèques avance à son rythme vers des initiatives novatrices et écologiques. En France, il y a encore pas mal de pain sur la planche ! On espère que cet article ne vous a pas trop déprimé et que vous gardez la pêche pour la semaine prochaine ! N’hésitez pas (comme toujours) à nous faire vos retours par mail.
Avant de vous dire à la semaine prochaine, nous avons une seule petite requête : nous serions curieux de connaître les cimetières que vous avez visités et qui vous ont marqué. Envoyez-nous leurs noms et adresses, voire mieux encore, une photo que vous avez prise ! Si par ailleurs vous souhaitez discuter de ce sujet et nous envoyer votre avis, nous vous lirons avec plaisir ! Envoyez-nous tout cela à hello@lundicarotte.fr !
L’équipe LundiCarotte
Laura Larrive et Servane Courtaux
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