Tout d’abord, annonce officieuse, la prochaine édition des Retrouvailles LundiCarotte, c’est mardi en huit, le 24 avril à 18 h 30 à l’ESS’pace ! Venez discuter avec nous de tout ce qui vous passe par la tête. Il y aura de quoi parce que LundiCarotte se lance dans le jardinage. Cette semaine, nous regardons l’agriculture biologique à la loupe.

La clef des champs

Le 16 avril 2018
Tout d’abord, annonce officieuse, la prochaine édition des Retrouvailles LundiCarotte, c’est mardi en huit, le 24 avril à 18 h 30 à l’ESS’pace ! Venez discuter avec nous de tout ce qui vous passe par la tête. Il y aura de quoi parce que LundiCarotte se lance dans le jardinage. Cette semaine, nous regardons l’agriculture biologique à la loupe.
Vignette de l'article La clef des champs
Attention : si le LundiCarotte d’il y a deux semaines était particulièrement court, celui-ci est particulièrement long. Les lecteurs en avant-première parlent d’un gros quart d’heure. Pas de panique, néanmoins, car rien ne vous en empêche de le lire en deux fois !
Plantons quelques repères avant de nous lancer dans le vaste sujet de l’agriculture biologique. “Biologique” vient du grec ancien “bio” qui veut dire “vie”. Chez LundiCarotte, on est d’accord pour dire que “l’agriculture qui vit” n’est pas un critère très contraignant. La courgette qui n’a jamais été en vie n’est pas encore née ! Pour savoir ce que veut dire “agriculture biologique”, penchons-nous plutôt sur l’histoire un peu plus récente.
XVIIe siècle : début de la révolution agricole mécanique, petite sœur de la révolution industrielle.
Fin du XIXe siècle : apparition des premiers engrais chimiques, produits à partir de poudre de canon.
Années 20 et 30 : essor des pesticides et engrais chimiques, lié à la création des armes chimiques utilisées pendant la première Guerre mondiale. Parallèlement, les bases d’un courant de pensée prônant les principes éthiques et écologiques de l’agriculture sont posées. Tout le monde s’en mêle : les philosophes (Rudolf Steiner), les médecins (Hans Peter Rusch), les agronomes (Erhenfried Pfeiffer), les politiques (Hans Muller), les agriculteurs et les consommateurs.
Années 1950 : intensification de l’agriculture en France, avec une utilisation plus prononcée d’engrais et de pesticides de synthèse. C’est-à-dire des produits qu’on ne retrouve pas dans la nature, résultats de réactions chimiques entre plusieurs composants, souvent issus du pétrole. Essor parallèle de l’agriculture biologique en France, en tant que contre-courant.
1981 : reconnaissance officielle par le gouvernement d’une “agriculture n’utilisant ni produits chimiques, ni pesticides de synthèse”.
1985 : cette agriculture est officiellement baptisée “agriculture biologique”. Un cahier des charges national, ainsi que le logo AB (Agriculture Biologique) voient le jour.
Illustration
L’histoire ne s’arrête pas là. En 2000, l’Union européenne adopte une réglementation de l’agriculture biologique et en 2009, le label AB français s’aligne sur les critères du nouveau label biologique européen.
Illustration
Outre ces labels institutionnels, les différents courants de pensée et définitions du bio ont donné naissance à une multitude d’autres labels. Faisons un petit tour d’horizon pour nous y retrouver.
Nature & Progrès : le logo, créé en 1971, porte le même nom que l’association créée en 1964 qui rassemble les agricoles, les paysans et intéressés de l’agriculture biologique. Sa charte est indépendante de la réglementation européenne et est généralement plus stricte, avec un côté social et écologique.
Demeter : fondé en 1928, ce label prône l’agriculture biodynamique, influencé par le courant philosophique spirituel de l’antroposophisme. Quelques points d’importance en biodynamie : le cycle lunaire, mais aussi la rotation des cultures, les saisons et l’autonomie de la ferme. En pratique, la charte ressemble à celle du label européen.
Bio Partenaire : ce label ajoute au cahier des charges AB une démarche équitable visant à rémunérer de manière plus juste les agriculteurs, que ce soit en Europe ou ailleurs.
Bio Cohérence : il voit le jour après l’alignement du label AB sur la réglementation européenne, considérée comme moins stricte. Bio Cohérence reprend ces réglementations en y ajoutant plus ou moins les anciennes règles du label AB.
Pour une description plus spécifique de chaque label, vous pouvez consulter les pages 24 et 27 du super Guide de l’étudiant(e) éco-responsable (PDF) sur l’alimentation durable.
Comme on le voit, la plupart des labels sont basés sur la charte bio européenne. C’est principalement sur ce label que nous nous concentrons aujourd’hui. Que dit donc cette charte ?

Des pesticides naturels

L'information vous surprendra peut-être : les pesticides sont autorisés en bio. Néanmoins, ils proviennent de sources "naturelles", telles le purin d'orties ou de fougères. Comme les pesticides de synthèse, ces produits servent à protéger les plantes contre leurs menaces : insectes, parasites et autres champignons. Les pesticides utilisés en bio ont l'avantage de se dégrader plus rapidement (sous l'action de la pluie et du soleil) que leurs cousins de synthèse : en 2015, l'EFSA (Agence européenne de sécurité des aliments) comparait les niveaux de pesticides retrouvés dans les aliments : 0,7 % des produits dépassent la limite résiduelle autorisée en bio, contre 1,7 % en conventionnel. Sans prévenir entièrement l'exposition aux pesticides, le bio nous en protège partiellement. Certains pesticides de synthèse sont des perturbateurs endocriniens dangereux pour notre développement. Il convient d'ajouter que l'origine "naturelle" d'un pesticide ne garantit pas son innocuité pour l'homme : certains pesticides utilisés en bio peuvent être dangereux s'ils sont utilisés en trop grande quantité. C'est le cas, par exemple, du sulfate de cuivre utilisé pour lutter contre certains champignons. Chaque produit, qu'il soit naturel ou non, doit être évalué avant d'être mis sur le marché. Au total, 212 produits phytosanitaires sont autorisés en agriculture biologique.
L'emploi réduit de pesticides en bio n'intéresse pas seulement le consommateur. Le déclin du nombre d'abeilles à l'échelle planétaire a beaucoup fait parler de lui dernièrement. Parmi les accusés, les néonicotinoïdes, des insecticides de synthèse dont les abeilles sont les victimes collatérales. Plus généralement, beaucoup d'insectes pâtissent de l'utilisation de ces produits, ce qui explique en partie une baisse importante du nombre d'oiseaux dans les campagnes françaises. L'agriculture biologique aide donc à protéger la biodiversité.

Une meilleure gestion des sols

Pour bien grandir, les plantes doivent recevoir suffisamment de nutriments du sol qui les entoure. Ce défi est approché de deux manières différentes : en agriculture conventionnelle, les apports en nutriment sont essentiellement assurés par des fertilisants, tels les engrais azotés. Il s'agit de la fameuse "révolution verte", menée entre les années 1960 et 1980 et source d'une augmentation très importante de la productivité agricole. Revers de la médaille, ces engrais nécessitent de l’énergie et des produits pétroliers pour leur fabrication. Il faudrait jusque 1,5 litre de pétrole pour produire 1 kg d’engrais d’azote.
En bio, les fertilisants ont un rôle secondaire : il s'agit avant tout de préserver l'état du sol, sa fertilité sur le long terme. Le bio y parvient par l'épandage de fumier ou de compost et par la rotation des cultures, en faisant appel aux légumineuses qui aident à capter l'azote de l'air et remplacent les engrais azotés.
Cela dit, le bio n'a pas le monopole du bon sol. De nombreuses techniques existent pour tirer parti d'une surface donnée sans fertilisants de synthèse : l'agroécologie, par exemple, présentée dans le documentaire Les moissons du futur. Ou encore la permaculture, avec la ferme normande du Bec Hellouin, qui produit 5 fois plus qu'une ferme bio classique.

Pas (beaucoup) d'organismes génétiquement modifiés (OGM)

Les OGM sont-ils le pire fléau du XXIe siècle, vendus par le diable en personne, le grand groupe agroalimentaire Monsanto ? Ou bien sont-ils la solution technologique miracle qui éradiquera la famine pour de bon ? Ou faut-il couper la poire en deux ? Une chose est sûre, les OGM font débat. Il s'agit d'organismes génétiquement modifiés dans lesquels l'ADN de la plante est remanié pour obtenir des caractéristiques souhaitables (fruits plus gros, plante moins gourmande en eau, résistance à certains super-pesticides…). En agriculture biologique, les OGM sont interdits ou presque : l'Union européenne autorise les produits labellisés bios à contenir jusqu'à 0,9 % d'OGM.

Des animaux plus chouchoutés ?

En AB (agriculture biologique), les animaux sont nourris exclusivement avec des aliments bios. Leurs conditions de vie sont globalement meilleures. Ils ont plus de place : en intérieur, les poules pondeuses sont 6 par m² contre 14 en élevage intensif. Même son de cloche chez les vaches laitières : chaque animal dispose d'au moins 6 m² pour lui, ce qui est loin d'être le cas (PDF) en conventionnel. Les poulets "de chair" sont mis à mort moins jeunes, après 80 jours, contre 40 jours en intensif. D'autre part, le gavage est interdit en bio. Pour cette raison, il n'existe pas de foie gras biologique.
On prend davantage soin des animaux pendant leur vie. Cependant, ils restent mis à morts dans les mêmes abattoirs que leurs congénères issus d'élevages intensifs. Davantage d'informations sur la vie des animaux d'élevage à cette adresse : viande.info.

En pratique, ça donne quoi ?

Selon certains, les rendements de l'AB étant plus faibles, nous ne pourrions pas nourrir toute la planète en bio. Pour en avoir le cœur net, faisons appel à la science : en 2016, dans une étude comparative (PDF) (ENG) sur plus de 30 années, des chercheurs américains confirment les rendements en moyenne plus faibles des fermes bios. Cependant, et l'info est d'importance, les fermes bios sont aussi plus rentables économiquement pour les producteurs et protègent davantage les écosystèmes.
Ces avantages sont bien intéressants, mais sont-ils transposables à l'échelle de la planète ? Et à quoi ressemblerait une agriculture durable au niveau mondial ? D'après l'association Solagro (PDF), elle produirait deux fois moins de viande et de produits laitiers qu'actuellement, ces produits nécessitant (directement ou indirectement) beaucoup de terres agricoles. Il s'agirait également de réduire grandement le gaspillage alimentaire (PDF).
En parallèle de ces défis importants, le potentiel du bio serait grandement inexploité, selon les chercheurs américains. Le bio a donc probablement de beaux jours devant lui, en tant que solution partielle à un problème global...

Et le consommateur, comment il fait ?

Bon pour la santé, on prend, bon pour la planète, ça nous plaît, faisable, peut-être, mais qu’en est-il du porte-monnaie ? Le hic, pour passer à l’action dans le bio, reste souvent le prix. D’une part, il est dû au prix de certification et aux techniques agricoles, comme la main-d’œuvre nécessaire pour combattre des nuisibles avec des méthodes plus artisanales. Dans cette émission Suisse, on cite l’exemple de la carotte, ce légume si particulier ! En effet, le désherbage à la main est difficile, car la plante est aussi épaisse qu'un cheveu à ses débuts.
Cependant, selon l’association de consommateurs UFC-Que Choisir, 46 % du surcoût du bio est dû aux marges élevées des grandes surfaces, qui profitent logiquement de sa popularité grandissante pour augmenter son prix. Selon France 2, les distributeurs doublent le prix d’un légume bio, en moyenne, par rapport au prix auquel ils l’ont acheté. LCI nuance : certaines grandes surfaces utilisent la tactique inverse, en gardant les prix du bio bas pour attirer plus de clients. Cependant, on ne pourra pas nier que le bio reste cher.
C’est pourquoi nous avons fait venir Martin Chevalier, détenteur de toutes les combines pour consommer bio à prix réduit.
  • L’achat en vrac, c’est-à-dire ramener son propre emballage. Les rayons vrac se multiplient dans les grandes et moyennes surfaces, tous les magasins spécialisés bios en comportent et certaines enseignes sont 100 % vrac. Les produits proposés sont souvent bios et les économies par rapport à leur version emballée peuvent être impressionnantes. Vous y trouverez du sucre de canne, des raisins secs, des coquillettes, du riz, du couscous...
  • Trouvez les produits qui vont bien : certains magasins bios appliquent volontairement une marge réduite sur des produits "de grande consommation". Chez Biocoop, ils sont reconnaissables à la mention "La bio, je peux !", ce sont les "Petits prix bio" chez La Vie Claire et "Panier Robinson" chez Les Nouveaux Robinson. Pour ceux qui n’ont pas ce genre de magasin à proximité, il y a la nouvelle plateforme Aurore Market. De manière plus générale, les œufs bios sont réputés être vendus à marge réduite, même en grande surface.
  • Les circuits courts : l’idée étant d’outrepasser les intermédiaires, qui sont normalement rémunérés, ils permettent d'accéder à des produits bios à des tarifs très attractifs. Il y a les paniers AMAP (Association pour le maintien de l’agriculture paysanne), les marchés de producteurs, les Jardins de cocagne… Les annuaires circuits-courts.info et agence bio recense les producteurs qui vendent en circuit court.
  • Le fait maison : de manière générale, l'écart de prix entre bio et non bio est plus faible pour les produits bruts. Le fait maison est donc un bon moyen de manger bio sans se ruiner si on a un peu de temps. Bon à savoir aussi, chez les fruits et légumes bios, tout est bon. Vous pouvez cuisiner les épluchures de pomme de terre en chips, par exemple, ou faire de délicieuses soupes ou du pesto à partir de fanes de carotte, de radis et de navets.
  • Si on parle cuisine, on peut alléger le budget en mangeant de saison. Un plat végétarien aussi, à base de légumineuses bio, genre dhal, revient clairement moins cher qu'un menu non bio avec de la viande.
  • Des supermarchés coopératifs fleurissent dans de nombreuses villes françaises, certains sont déjà opérationnels. En échange de quelques heures de travail par mois, ils donnent accès à des produits bios de 15 à 20 % moins cher que dans les commerces traditionnels.
  • Des applis existent pour les amateurs du bio. Gagnez des réductions et des cadeaux en achetant bio !
L’équipe de LundiCarotte en a pris de la graine ! Que pensez-vous du bio ? Solution ? Intenable ? Impayable ? Faites-le nous savoir par mail ou sur Facebook. Ou bien en réel aux Retrouvailles. Quoi qu’il en soit, à lundi prochain au plus tard !
Encore un grand merci à notre invité Martin Chevalier, coauteur, du Guide de l'étudiant(e) écoresponsable, tome 1 : l'alimentation.
Merci également à Arthur Chavignon pour sa jolie photo de tracteur dans l'eau !
Alix Dodu et Paul Louyot
Partager ce LundiCarotte
MAILTWFB